De Taupont à Hanvec, de Californie à Menez Meur. La vie de Julien Prioux

Menez Meur, terre de landes

Au milieu du XIXe siècle, le défrichement et la mise en valeur des landes sont une nécessité car la disette est encore à craindre. Toute l’Europe est mobilisée pour l’enrichissement des terres pauvres par les engrais. La cherté du guano du Pérou, sous monopole anglais, et sa raréfaction stimulent la recherche de « guanos artificiels1 ». La création de fertilisants devient un nouveau secteur d’activité où la concurrence est féroce. De nombreux investisseurs se lancent dans l’aventure.
 
Bien que les milieux ruraux soient extrêmement conservateurs et difficiles à convaincre, des expérimentations sont menées, dont on peut avoir un aperçu en consultant le registre du ministère de l’Agriculture « Les primes d’honneur, les médailles de spécialité et les prix d’honneur des fermes-écoles décernés dans les concours régionaux en 18682 ».
 
Le défrichement, « l’exploitation des vagues » sont des thèmes évoqués fréquemment dans la presse et dans les congrès agricoles3. La Société centrale d’agriculture du Finistère réunie les 5 et 13 avril 1848 rappelle ainsi que la superficie du département « est de 666 000 hectares ; mais, de ce total, 268 000 hectares, c’est-à-dire près de la moitié, sont encore incultes ou improductifs… Dans ces conditions nouvelles [de défrichement] le département du Finistère pourra sans peine nourrir 1 100 000 à 1 200 000 habitants au lieu de 600 000 dont un si grand nombre aujourd’hui sont dans un état de souffrance déplorable4… ».
 
Ainsi, à Leuhan, à Menez Ru, Ernest Demolon achète 50 hectares de friches en décembre 1856, des terres argileuses et schisteuses2. Il les défriche et en fait une ferme prospère, grandement favorisé dans son entreprise par les phosphates de chaux mis au point par son frère Charles Demolon. De nombreuses expériences basées sur la trilogie drainage - labour profond - apport d’engrais sont menées. Citons également les travaux lancés par la princesse Élisa Napoléon, cousine de Napoléon III (et bien aidée par lui dans son projet), qui conduisent à la mise en valeur de 250 hectares des Landes de Lanvaux dans le Morbihan5.
 
L’évolution du domaine de Menez Meur est sans doute initiée par cette mouvance de mise en valeur des terres pauvres. Le 28 août 1842 l’acte dressé par Me Félix Yves Charuel, notaire au Faou, décrit Menez Meur comme « une pièce de terre en friche sous lande d’un seul tenant nommée Menez Meur ou Douar Kerliver situé sur la commune de Hanvec6 ». Achetée par Charles Demolon, producteur d’engrais, elle sert certainement de terrain d’expérimentation. Le 3 juin 1867, lorsque Julien Prioux acquiert le domaine, 4 hectares de terres sont défrichés et mis en culture, et une première ferme existe à Croas ar Woënnec.
 
Si c’est Charles Demolon qui a amorcé la fertilisation de Menez Meur, c’est Julien Prioux qui, en poursuivant et amplifiant ce projet, donne au domaine tout son essor : il construit une deuxième ferme, structure le domaine par de larges chemins, poursuit le défrichement. Il laisse à son décès environ 18 hectares cultivables et environ 2 hectares de bois.
 
Ce projet ambitieux de Julien Prioux n’était pas un projet fou, mais bien un projet "dans l’air du temps".
 

1. Philippe Martin, La production de guano artificiel, une étape dans la professionnalisation des fabricants d’engrais : l’exemple d’Édouard Derrien à Nantes (1840-1860), 2015.
2. Gallica.bnf.fr / BnF, Les primes d’honneur, les médailles de spécialité et les prix d’honneur des fermes-écoles décernés dans les concours régionaux en 1868.
3. Archives départementales du Finistère, JAL 197/1, L’Impartial du Finistère, 12 janvier 1848.
4. Archives départementales du Finistère, JAL 197/1, L’Impartial du Finistère, 19 avril 1848.
5. Archives départementales du Morbihan, Élisa Napoléon Baciocchi, la princesse fermière.
6. Archives départementales du Finistère, 4 Q 5/182, 28 août 1842.

Le domaine de Menez Meur

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Évolution des terres et des bâtiments de Menez Meur entre 1825 et 1960.
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Les propriétaires de Menez Meur

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De 1825 à 1968, Menez Meur a plusieurs fois changé de mains.
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Entre 1850 et 1960, plus de 120 personnes ont vécu à Menez Meur.
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Article mis en ligne le 10 juin 2021, dernière modification le 24 mai 2021.