De Taupont à Hanvec, de Californie à Menez Meur. La vie de Julien Prioux

René Charles Demolon

René Charles Demolon, propriétaire, demeurant aux Fougerais, sur la commune de Châteaubriant, département de la Loire-Inférieure, achète Menez Meur en 1842.
Cet achat de terres pauvres des monts d’Arrée par un habitant de Châteaubriant nous a intrigué. Aussi nous avons effectué de nombreuses recherches sur lui.

Charles Demolon, d’abord agent voyer, puis ingénieur agronome, géologue, inventeur et industriel a marqué l’agronomie française de la deuxième partie du XIXe siècle.
Il s’intéresse aux engrais animaux et minéraux, dépose des brevets, écrit de nombreux articles, crée des usines, siège dans de nombreuses commissions agricoles...
Pour ses recherches sur les engrais, il a besoin de nombreuses terres pauvres. C’est sans doute pour cela que Menez Meur l’intéresse et qu’il installe une famille au début des années 1850. Cette terre de landes, acide et vierge de toute culture est un parfait champ d’expérimentation.
Mais ses nombreux déboires juridico-financiers le forcent à vendre la propriété en 1867...

Vous trouverez ci-dessous quelques informations sur ses inventions et sa présence dans le Finistère.
Si vous voulez en savoir plus, Gallica, site internet de la Bibliothèque nationale de France, regorge de publications, de textes et d’articles de journaux sur René Charles Demolon.
 

Un peu de généalogie...

Son père René François Jean Demolon nait à Rougé, Évêché de Nantes, en 1778. Les actes d’état civil nous apprennent qu’il a exercé les professions de géomètre, receveur et percepteur des contributions directes, agent voyer et directeur de verrerie. Il se marie à Bonne Caroline Vincente Goret de Grandrivière. De cette union naissent huit enfants.
 
Voici quelques informations sur ceux-ci :
• René Charles Marie est géologue, agronome et industriel ;
• Félix Marie1 est officier d’artillerie en 1839 et capitaine instructeur au 4e Régiment d’artillerie en garnison à La Fère (Aisne) en 1843. Cette année-là, il se marie à Henriette Marie Ducoudray. Curieusement, cet officier d’artillerie obtient le 13 janvier 1851 un brevet d’invention d’un engrais dit de guano de poisson. En 1869, sur son dossier de Légion d’honneur, on note « Général de brigade ». Président d’honneur de la Société des hospitaliers sauveteurs bretons de Saint-Malo en 1879, il est élu maire de Paramé le 17 juin 1883. Il est nommé Chevalier de la Légion d’honneur le 18 juin 1850, puis Officier le 13 mars 1864 et Commandeur le 24 décembre 1869 ;
• Marie Caroline habite à Leuhan chez son frère Ernest en 1861 ;
• Bonne Adélaïde Marie2 fonde un orphelinat à Saint-Broladre (Ille-et-Vilaine) vers 1875 ;
• Ernest Marie3, agriculteur, achète 50 hectares de friches à Leuhan en décembre 1856. Il les défriche et en fait une ferme prospère. Il se marie en 1859 à Henriette Émilie Marie Guignard de Saintours. Henriette décède le 16 avril 1860 à Leuhan. Ernest se remarie en 1861 à Claire Marie Caroline Guignard de Saintours ;
• Marie Céleste4 crée, pendant la guerre de 1870, une ambulance au casino de Saint-Malo. Plus tard elle devient trésorière de la Société des hospitaliers sauveteurs bretons, section de Saint-Malo ;
• Auguste Louis Marie5 se marie en 1867 à Pauline Julie Henriette Coisel. Il exerce la profession d’agriculteur à Loctudy (Kerdour). En 1868, il obtient une médaille agricole ;
• Marie Pauline se marie en 1866 à Adolphe Hyacinthe Marie Charles Le Minihy de la Villehervé, receveur des contributions indirectes.

1. Ministère de la Culture, Légion d’honneur, base Léonore. Gallica.bnf.fr / BnF, Répertoire général de bio-bibliographie bretonne. Livre premier, Les Bretons. 12,DEM-DUL / par René Kerviler, 1886-1908.
2. Retronews, La gazette de France, 6 février 1901.
3. Gallica.bnf.fr / BnF, Les Primes d’honneur, les médailles de spécialités et les prix d’honneur des fermes écoles décernés dans les concours régionaux en 1868.
4. Gallica.bnf.fr / BnF, Répertoire général de bio-bibliographie bretonne. Livre premier, Les bretons. 12,DEM-DUL / par René Kerviler, 1886-1908. Archives départementales du Morbihan, Le Morbihannais, 6 mars 1885.
5. Gallica.bnf.fr / BnF, Journal d’agriculture pratique, de jardinage et d’économie domestique, 1868.

 
 

NomPrénomNaissanceà MariageàDécèsà 
René François Jean Demolon et Bonne Caroline Vincente Goret de Grandrivière
Demolon René François Jean 27/12/1778  ? Rougé (44)  ?  ? 19/09/1863 Menez Ru Leuhan
Goret de la Grandrivière Bonne Caroline Vincente  ?  ? Paramé (35)  ?  ? 11/10/1853  ? Paramé (35)
Leurs 8 enfants
Demolon René Charles Marie 27/05/1809 rue de Paris Rennes (35) 21/01/1839 Pleyben 26/11/1886 12 rue Victor Hugo Poitiers (86)
Demolon Félix Marie 08/01/1811 Grand Rivière Paramé (35) 17/01/1843 La Fère (02) 01/10/1883  ?  ?
Demolon Marie Caroline 06/03/1813  ? Saint-Malo (35)  ?  ?  ?  ?  ?
Demolon Bonne Adélaïde Marie 01/12/1814 Grand Rivière Paramé (35)  ?  ? 22/01/1901 bourg Cherrueix (35)
Demolon Ernest Marie 28/04/1816 Grand Rivière Paramé (35)  ?  ? 15/05/1888 Menez Ru Leuhan
Demolon Marie Céleste 27/03/1818 Grand Rivière Paramé (35) - - 27/09/1894 rue de Dinan Saint-Malo (35)
Demolon Auguste Louis Marie 09/03/1820  ? Saint-Malo (35) 13/05/1867 Avranches (50)  ?  ?  ?
Demolon Marie Pauline 04/02/1822  ? Saint-Malo (35) 23/01/1866 Saint-Malo (35)  ?  ?  ?
État civil reconstitué à l’aide de la base RECIF du Centre généalogique du Finistère et des Archives départementales de l’Aisne, d’Ille-et-Vilaine, de la Loire-Atlantique, de la Manche et de la Vienne.

 
 

René Charles Marie Demolon se marie le 21 janvier 1839 à Marie Jeanne Le Cam. De cette union naissent trois enfants.
Voici quelques informations sur ceux-ci :
• Élodie Marie Adelaïde née à Châteaubriant (Loire-Inférieure), se marie à son cousin Félix Adrien Marie Demolon en 1876 ;
• Marie Caroline Alice née à Paramé (Ille-et-Vilaine), décède à l’âge de 36 ans chez son cousin Félix ;
• Charles François Auguste Marie nait à Guipavas (Finistère). En 1908, à l’âge de 62 ans, il se marie à Marie Joséphine Lassus veuve et âgée de 64 ans.
 

NomPrénomNaissanceà MariageàDécèsà 
René Charles Marie Demolon et Marie Jeanne Le Cam
Demolon René Charles Marie 27/05/1809 rue de Paris Rennes (35) 21/01/1839 Pleyben 25/11/1886 12 rue Victor Hugo Poitiers (86)
Le Cam Marie Jeanne 10/11/1818  ? Pleyben 21/01/1839 Pleyben  ?  ?  ?
Leurs 3 enfants
Demolon Élodie Marie Adelaïde 29/10/1839  ? Châteaubriant (44) 06/03/1876 Paris 8  ?  ?  ?
Demolon Marie Caroline Alice 02/05/1841 Grand Rivière Paramé (35) - - 29/10/1877 8, rue de l’Arbre sec Fontainebleau (77)
Demolon Charles François Auguste Marie 28/01/1846 Camfrout Guipavas 05/02/1908 Bayonne (64)  ?  ?  ?
État civil reconstitué à l’aide de la base RECIF du Centre généalogique du Finistère et des Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, de la Loire-Atlantique, de Paris, des Pyrénées Orientales et de la Vienne.

 
 

• 1826. Élève à Saint-Cyr

Le 8 juin 1868, M. Mauny de Mornay, directeur de l’Agriculture, rédige un rapport de 18 pages sur la carrière de Demolon.
« Ancien élève de Saint-Cyr (promotion de 1826), M. Demolon abandonna promptement la carrière militaire pour se livrer à l’étude de l’agriculture » écrit M. le Directeur.

Rapport de M. le directeur de l’Agriculture sur les découvertes et les travaux agricoles de M. Demolon
Ancien élève de Saint-Cyr (promotion de 1826), M. Demolon abandonna promptement la carrière militaire pour se livrer à l’étude de l’agriculture.
Après quelques années consacrées à l’instruction spéciale de cette profession, M. Demolon qui joignait à des connaissances très étendues, un grand esprit d’observation, dirigea ses études sur la recherche des moyens d’augmenter la production du sol, et de réaliser les progrès que l’agriculture réclamait. [...]

Gallica.bnf.fr / BnF, L’agriculture et le phosphate de chaux, notice sur les travaux et les recherches de M. Ch. Demolon avec pièces justificatives, 1877.

Les archives de Saint-Cyr n’en ont gardé aucune trace. Charles Demolon a sans doute préféré réorienter ses études.
 

• 1839. Agent voyer à Châteaubriant (44), son mariage

René Charles Marie Demolon se marie le 21 janvier 1839 à Marie Jeanne Le Cam.
Il exerce la profession d’agent voyer et est domicilié à Châteaubriant (Loire-Inférieure).
 
Le mariage a lieu à Pleyben, ou la mère de Marie Jeanne tient l’auberge "Le lion d’or".

Archives départementales du Finistère, 1 Mi EC 201/16.

Ont comparu
M. René Charles Marie Demolon, agent voyer, âgé de29 ans 8 mois, étant né le 27 mai 1809, originaire de Rennes, département d’Ille-et-Vilaine, et domicilié de Châteaubriant (Loire-Inférieure), fils majeur de M. René François Jean, agent voyer de l’arrondissement de Saint-Malo, et de Bonne Caroline Vincente Goret de Grandrivière, demeurant en leur terre de la Grandrivière, en la commune de Paramé, arrondissement de Saint-Malo [...]
et demoiselle Marie Jeanne Le Cam, sans profession, âgée de 20 ans accomplis, étant née le 10 novembre 1818, à Pleyben, y domiciliée au bourg, fille mineure de feu François décédé à Pleyben le 16 janvier 1828 et de dame Marie Louise Bernard, tenant le Lion d’or audit bourg de Pleyben [...]

 

• 1839. Agent voyer à Châteaubriant (44), naissance de son premier enfant

Naissance d’Élodie Marie Adelaïde Demolon à Châteaubriant (44).
René Charles Marie est agent voyer.
Félix Demolon, officier d’artillerie, demeurant à Saint-Malo est cité comme témoin.

Archives départementales de Loire-Atlantique, 3 E 36/13.

L’an 1839, le29 octobre à quatre heures du soir. [...] a comparu le sieur René Charles Marie Demolon, agent voyer de l’arrondissement, âgé de 30 ans, natif de Rennes, chef-lieu du département d’Ille-et-Vilaine, lequel nous a présenté un enfant de sexe féminin, né ce jour dans sa maison située aux Fougerais, environ les 2 heures du matin, de lui déclarant et de dame Marie Jeanne Le Cam, son épouse, âgée de 20 ans, originaire de la commune de Pleyben, département du Finistère, et tous deux domiciliés en Châteaubriant, et auquel il a donné les prénoms d’Élodie Marie Adelaïde [...]

 

• 1841. Agent voyer à Châteaubriant, naissance de son deuxième enfant

Naissance de Marie Caroline Alice Demolon à Paramé (35) chez ses grands-parents paternels.
René Charles Marie, agent voyer, est absent.
Les témoins sont :
René François Jean Demolon, grand-père, agent voyer ;
Ernest Marie Demolon, 25 ans, oncle, demeurant à Paramé.

L’an 1841, le 2 mai [...] est comparu M. René François Jean Demolon, agent voyer de l’arrondissement de Saint-Malo, âgé de 62 ans, domicilié de Paramé lequel nous a déclaré qu’aujourd’hui 2 mai à 5 heures du matin est né un enfant de sexe féminin, en sa maison principale de la Grandrivière en cette commune qu’il nous présente et auquel il a déclaré donner le prénom de Marie Caroline Alice, lequel enfant est né de dame Marie Jeanne Le Cam, sans état, âgée de 22 ans native de Pleyben, département du Finistère, domiciliée de Châteaubriant, département de la Loire-Inférieure, épouse de M. René Charles Marie Demolon, agent voyer de l’arrondissement dudit Châteaubriant et y domicilié, âgé de 32 ans natif de Rennes [...]

Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 10 NUM 35213/524.

 

• 1842. Achat du domaine de Menez Meur à Hanvec

René Charles Demolon achète cette parcelle en indivis avec François Jean Verger pour un prix de 10 000 F.

Archives départementales du Finistère, 4 Q 5/182, 3 octobre 1842,
Étude de Me Félix Yves Charuel, Le Faou.

Du 3 octobre 1842 a été transcrit l’acte de mutation dont la teneur suit :
[...]
Furent présents :
1° M. Jacques Louis Joseph Comte de Quélen demeurant au château de Kerliver, sur la commune de Hanvec ;
2° [...]
Lesquels ès-dits nous ont déclaré et par ce présente déclarent vendre [...]
À M. René Charles Demolon, propriétaire, demeurant aux Fougerais, sur la commune de Châteaubriant, département de la Loire-Inférieure, à ce présent et acceptant pour lui en privé que pour M. François Jean Verger, aussi propriétaire, demeurant à Nantes sur la Fosse n° 38 [...]
Une pièce de terre en friche sous lande d’un seul tenant nommée Menez Meur ou Douar Kerliver situé sur la commune de Hanvec, canton de Daoulas, arrondissement de Brest, contenant sous fond 149 hectares environ, comprise et désignée sous le numéro 1147 du plan cadastral de la commune de Hanvec, [...]
déclarant M. Demolon la connaître parfaitement pour l’avoir visitée et en être content. [...]

Noms, prénoms, professions et demeures
des propriétaires et usufruitiers
Année de la mutationSectionNuméroLieu-ditNature de la propriétéContenance
Demolon, Charles à Guipavas 1844 D 1147 ar Menez lande 149 ha 43 a 20 ca
Demolon, Charles à Guipavas 1862 D 1147 ar Menez maison -
Archives départementales du Finistère, 3 P 81/4 - folio 1004, Cadastre napoléonien, extrait de la matrice cadastrale.

 
 

• 1843. Autorisation à établir une fabrique d’engrais animal à Guipavas

Charles Demolon obtient l’autorisation de construire une fabrique d’engrais animal à Guipavas.

Gallica.bnf.fr / BnF, Bulletin des lois du Royaume de France, IXe série.

N° 17 939
Ordonnances du Roi (contresignées par le ministre de l’Agriculture et du Commerce) qui autorisent :
1° les sieurs Demolon et compagnie, à établir une fabrique d’engrais animal commune de Guipavas (Finistère) ;
2° [...]
Saint-Cloud, 22 septembre 1843.

 

• 1846. Propriétaire à Guipavas, naissance de son troisième enfant

Naissance de Charles François Auguste Marie Demolon.
Charles Demolon, propriétaire, habite le Camfrout à Guipavas.
Ernest Marie Demolon, oncle du nouveau-né et témoin, demeure aussi au Camfrout à Guipavas.

Archives départementales du Finistère, 1 Mi EC 92/10.

Du 30 janvier 1846, à une heure du soir.
Acte de naissance de Charles François Auguste Marie Demolon
né le 28 février à 7 heures du soir
fils de René Charles Marie Demolon, propriétaire âgé de 36 ans, et de Jeanne Marie Le Cam, son épouse âgée de 26 ans, au domicile de ses père et mère à Camfrout en Guipavas.
Le sexe de l’enfant a été reconnu être masculin.
Premier témoin, Ernest Marie Demolon, propriétaire, âgé de 29 ans demeurant à Camfrout en Guipavas, [...]

 

• 1848. Brevet d’invention

Charles Demolon dépose un Brevet d’invention concernant un engrais dit « Engrais zoofime ».
Cet engrais a pour but d’alcaliniser les terres acides comme celles des monts d’Arrée.
Il est fort probable que Charles Demolon a utilisé les terres de Menez Meur comme terrain d’expérimentation.
Ernest Demolon à Menez Ru sur la commune de Leuhan et Julien Prioux, plus tard, à Menez Meur ont aussi probablement suivi ces techniques d’amendement.

Institut national de la propriété industrielle, 1BB7210, 15 février 1848.

Il est délivré au citoyen Demolon (René Charles Marie) à l’anse de Camfrout (Finistère) élisant domicile chez Morelle, rue de la Gaité n° 3, Barrière Montparnasse extra-muros (Seine), à ses risques et périls, sans examen préalable, et sans garantie, soit de la réalité, de la nouveauté ou du mérite de l’invention, soit de la fidélité ou de l’exactitude de la description, un brevet d’Invention de quinze années, qui ont commencé à courir le 15 février 1848, pour la composition d’engrais dont tous les éléments concourent à favoriser la végétation, dits : Engrais zoofime.

Description
Tout le monde sait quelle révolution avantageuse a opéré dans l’agriculture des contrées de l’Ouest spécialement l’emploi du noir de raffinerie et du guano du Pérou [...]
C’est en présence [...] de besoin si reconnu et si urgent de bons engrais [...]
au moyen de corps alcalins dont l’action a été de tous temps reconnue favorable à la végétation principalement dans les sols schisteux et granitiques de la Bretagne. [...]
Les éléments que nous avons jugé les plus propres à remplir leur but sont :
soit les polypiers, maerl et madrépores, corps presque entièrement composés de carbonate de chaux à un état d’agrégation moléculaire tel que les plantes avec toute la facilité qu’elles ont de le faire pour toutes les substances minérales qui ont eu vie,
soit les phosphates de chaux si utiles aux plantes et les matières animales de toute sorte (chair musculaire, sang ou matières fécales préalablement désinfectées) et dont la richesse en azote est si nécessaire aux végétaux. […]
Pour ces départements [de l’Ouest] dont nous avons plus spécialement étudié les sols [...]

 

• 1849. Vente à tempérament de Menez Meur à Adèle Simonet

Charles Demolon habite le Camfrout, Guipavas (29).

Archives départementales du Finistère, 4 Q 5/219 et 220, 20 mars 1849.

Du 20 mars 1849 a été transcrit l’acte de mutation dont la teneur suit :
Par devant Me Louis Pognot, notaire à Corbeil, soussigné, en présence des témoins ci-après nommés et aussi soussignés.
A comparu M. François Jean Verger, propriétaire demeurant à Paris rue Chauveau Lagarde n° 2, agissant tant en son nom personnel qu’au nom et comme mandataire de M. René Charles Demolon et de Mme Marie Jeanne Le Cam, son épouse, propriétaires, domiciliés à Camfrout, commune de Guipavas, canton de Landerneau, aux termes de la procuration qu’ils lui ont donné par acte passé devant Me Robert notaire à Landerneau le treize octobre dernier enregistré.

 

• 1850. Brevet d’invention

Charles Demolon dépose un Brevet d’invention concernant le perfectionnement des engrais dits « Engrais zoofimes ».
Ses études portent sur les sols argileux, schisteux ou granitiques des sols des départements de l’Ouest.

Institut national de la propriété industrielle, 1BB10204, 14 juillet 1850.

Il est délivré au sieur Demolon (René Charles Marie) élisant domicile chez Demolon à Paris rue Saint-Dominique n° 18, à ses risques et périls, sans examen préalable, et sans garantie, soit de la réalité, de la nouveauté ou du mérite de l’invention, soit de la fidélité ou de l’exactitude de la description, un brevet d’Invention de quinze années, qui ont commencé à courir le 20 juillet 1850, pour des perfectionnements essentiels apportés à la fabrication de l’engrais connu sous le nom d’Engrais zoofime.
[...]
Description
[...] Un engrais intermédiaire est, donc, celui qui convient le mieux à la constitution des sols des départements de l’Ouest sur lesquels j’agis, c’est-à-dire, aux sols argileux, schisteux ou granitiques contenant en général très peu de calcaire. [...]

 

• 1852. Construction d’une usine de fabrication d’engrais à Lanriec

À Lanriec, ancienne commune rattachée à Concarneau depuis 1959, M. Demolon construit une usine de traitement des déchets de poissons.

Archives départementales du Finistère, JAL 197/3,
L’Impartial du Finistère, 5 août 1854.

Le guano bas-breton
Dernièrement, en parlant de l’engrais de poisson, nous avons indiqué qu’il y avait dans la préparation et l’emploi de cette matière fertilisante une double source de travail et de prospérité qui promettait plus d’activité à la pêche et plus de fécondité au sol.
Nous compléterons aujourd’hui tout ce qu’il est possible de dire jusqu’à ce moment, sur cet intéressant sujet, principalement en donnant quelques détails relatifs à une usine que nous avons déjà mentionnée, et que M. Demolon a fondée, depuis deux ans environ, à 1 kilomètre de Concarneau (Finistère).
Le nouvel établissement est situé sur le territoire de la commune de Lanriec, à la pointe de Moros et un peu au-delà du pont de ce nom. Dans son état actuel, il se compose de deux bâtiments construits en planches et couverts d’ardoises. On concevra l’étendue de l’échelle sur laquelle le fondateur s’est proposé d’opérer, quand on saura que ces édifices ont une longueur totale de 50 mètres. Ils ne sont pas encore entièrement achevés.
Les produits de l’usine de M. Demolon, auxquels on donne déjà, dans le pays, la qualification de guano, ne sont pas encore très répandus dans les environs de Concarneau par une suite de cette défiance contre les innovations que l’on remarque partout, principalement dans la Basse-Bretagne, défiance qui a été et qui sera longtemps encore le principal obstacle au progrès. Néanmoins, tous les cultivateurs qui ont expérimenté le guano bas-breton se louent de ses bons effets. Certains d’entre eux même le déclarent supérieur au noir résidu pur de raffinerie.
[...]
Antoine Derrien

 

• 1856. Présentation de ses travaux à Paris

MM. Demolon et Thurneyssen présentent un Mémoire sur les gisements de phosphate de chaux fossile. Un extrait est publié dans les « Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences ».

Gallica.bnf.fr / BnF, Comptes-rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences, juillet-décembre 1856.

Géologie agricole - Mémoire sur la découverte en France de gisements de phosphate de chaux fossile ; par MM. Demolon et Thurneyssen (extrait) (commissaires, MM. Cordier, de Senarmont, de Bonnard).
« L’emploi comme engrais des phosphates de chaux sous forme de noir animal, résidu des raffineries, a produit dans l’ouest de la France des résultats merveilleux ; mais les quantités qui sont fabriquées, jointes à celles qui sont apportées, non seulement de toute l’Europe, mais encore de l’Amérique, sont déjà complétement insuffisantes pour répondre aux besoins de cette seule contrée, et sont pour ainsi dire insignifiantes, si l’on considère les nécessités générales du sol, particulièrement pour la production des céréales. Il serait donc du plus haut intérêt que l’agriculture puisse trouver une source de phosphates de chaux assez abondante pour qu’elle n’ait pas à craindre de la tarir. » [...]

 

• 1856. Brevet d’invention

Charles Demolon dépose un brevet d’Invention concernant un procédé de conservation des aliments.

Institut national de la propriété industrielle, 1BB26601, 23 février 1856.

Brevet d’Invention de quinze ans
Procédé de conservation à l’état frais des matières alimentaires de toute nature, viandes, volailles, légumes et fruits.
Demolon René Charles Marie, 39 rue d’Amsterdam à Paris.

 

• 1857. Test d’engrais à Pleyben

Charles Demolon teste son phosphate de chaux fossile à Pleyben.

Gallica.bnf.fr / BnF, Comptes rendus hebdomadaires des
séances de l’Académie des sciences
, 1858.

Dans l’Ouest et particulièrement dans les départements du Finistère, des Côtes-du-Nord, du Morbihan, d’Ille-et-Vilaine et de la Loire-Inférieure, le phosphate en poudre naturelle a parfaitement réussi, ainsi que celui qui avait été mélangé de charbon et légèrement animalisé. Employée dans les défrichements pour les semailles de sarrasin, la poudre naturelle de nodules ne contenant que 50 % de phosphates de chaux a produit de plus beaux résultats que le noir animal riche de 60 %. C’est ce qui résulte des essais de M. Collet, agriculteur en Bretagne.

Lettre de M. Collet
Pleyben, 20 septembre 1857.
En réponse à la demande que vous m’adressez sur les résultats que j’ai obtenus de l’emploi du phosphate de chaux fossile, voici dans quelles conditions je l’ai employé : [...]

 

• 1857. Ouverture de crédit par un banquier

Charles Demolon demande une ouverture de crédit à Charles Le Ray, banquier à Rennes.

Archives départementales du Finistère, 96 J 11, 29 octobre 1863.

Rennes le 29 octobre 1863
Me Le Floch, notaire à Hanvec.
Je profite de l’offre que vous avez bien voulu me faire d’examiner par vous-même ce que peut être la propriété dite Menez Meur à M. Demolon, tant pour vous rendre compte de sa situation, que du parti qu’on en pourrait tirer, en la vendant soit en bloc, soit par parcelles.
Je vous remets sous ce pli une copie littérale de la désignation de cette terre ; telle qu’elle a été faite dans l’acte d’ouverture de crédit que j’ai consenti à M. Demolon en août 1857. [...]
Charles Le Ray
ancien banquier

 

• 1859. Construction d’une maison à Menez Meur

Charles Demolon recrute et installe une famille de paysans à Mernez Meur. Cette famille a pour rôle de tester les engrais sur les landes.
Une ferme est construite au nord de la propriété.

Noms et prénoms des propriétairesSectionNuméroNature des propriétésClasseRevenuCause des augmentationsDate d’achèvementDate d’imposition
Demolon, René Charles D 1147 maison 8 5 construction nouvelle 1859 1862
Archives départementales du Finistère, 3 P 81/3, Cadastre napoléonien, extrait de la matrice cadastrale.

• 1860. Exploitation d’une mine de phosphate vers Valenciennes

MM. Demolon et Thurneyssen exploitent une mine de phosphate dans les environs de Valenciennes.

Gallica.bnf.fr / BnF, Le Magasin pittoresque, juillet 1860.

[...] le phosphate de chaux découvert dans les environs de Valenciennes par MM. Meugy et Delanoue est, dès à présent, exploité par MM. Demolon et Thurneyssen.

 

• 1867. Vente du domaine de Menez Meur

Charles Demolon vend le domaine de Menez Meur à Julien Prioux.

Placard inséré au journal l’Armoricain de Brest du 11 mai 1867,
Archives départementales du Finistère, 4 E 75/111,
3 juin 1867, Me Traonouëz.

A comparu M. Amédée Lalla avoué à Brest y demeurant. Lequel a déposé audit Me Traonouez, notaire, le cahier des charges sur lequel devront être ouvertes les enchères pour la vente sur conversion de saisie immobilière d’une propriété appelée Menez Meur ou Douar Kerliver situé en la commune de Hanvec, appartenant à M. René Charles Marie Demolon, propriétaire, demeurant à Paris.
Ce cahier dressé par ledit Me Traonouez notaire, en conséquence d’un jugement du tribunal civil de première instance de Brest en date du 9 avril courant, enregistré, qui l’a commis à cet effet et a ordonné que la dite vente aurait lieu devant lui aux requête poursuite et diligences des créanciers dudit M. Demolon.

Énonciation du jugement ordonnant la vente
Suivant procès-verbal de saisie immobilière du ministère de Me Bozec, huissier à la résidence de Brest, dûment enregistré et transcrit, M. Constant Charmeux, horticulteur, demeurant à Thomery, département de la Seine-et-Marne, a fait saisir la propriété sus-indiquée de M. René Charles Demolon, propriétaire demeurant à Paris, dont l’adjudication devait avoir lieu à l’audience des criées du tribunal civil de Brest le 9 avril dernier.
Ce même jour par jugement rendu en audience publique, le tribunal civil de première instance séant à Brest sur la demande :
1° dudit sieur Constant Charmeux créancier saisissant le sieur Demolon ayant pour avoué Me Joubert demeurant à Brest ;
2° de M. Charles Louis Le Ray, banquier demeurant à Rennes rue Corbin créancier inscrit ;
2° de M. Charles Pierre Le Ray, banquier demeurant à Rennes rue Corbin créancier inscrit ;
4° de M. Bachelard, négociant demeurant à Paris, rue de Bonaparte n° 62, autre créancier inscrit [...] ;
5° de M. René Charles Marie Demolon, propriétaire demeurant à Paris, rue du Cirque n° 3, partie saisie [...] ;
6° et de M. Jean Morvan propriétaire et maire de la commune de Saint-Éloy y demeurant au bourg [...] autre créancier inscrit.
[...]
une mise à prix de 6 600 F. [...]
Une première bougie a été allumée et pendant la durée diverses enchères ont été portées, la dernière mise par M. Julien Vincent Prioux, entrepreneur demeurant à Landerneau, a porté le prix à la somme de 11 000 F [...]

 

• 1872. Demande de concession de mines de fer dans le Finistère

Charles Demolon sollicite une concession de mines de fer dans l’arrondissement de Châteaulin le 29 novembre 1872.

Gallica.bnf.fr / BnF, Annales industrielles, 1er décembre 1872.




Archives départementales du Finistère, JAL 170, Le Finistère,
2 novembre 1872.

M. René Charles Marie Demolon, demeurant à Paris, rue du Cirque n° 5, sollicite une concession de mines de fer sur le territoire des communes de Landévennec, Argol, Trégarvan, Dinéault et Rosnoën, arrondissement de Châteaulin.

Préfecture du Finistère
Avis au public
Demande en concession de mines de fer
Sur le territoire des communes de Landévennec, Argol, Trégarvan, Dinéault et Rosnoën, arrondissement de Châteaulin.
Par pétitions en date du 26 juin et 24 septembre 1872, M. René Charles Marie Demolon, demeurant à Paris, rue du Cirque n° 3, sollicite une concession de mines de fer sur le territoire des communes de Landévennec, Argol, Trégarvan, Dinéault et Rosnoën, arrondissement de Châteaulin, département du Finistère.
Cette concession comprendrait une étendue superficielle de 5908 hectares, et serait délimitée :
1° par les lignes droites menées entre les points suivants :
du moulin du Loch, en la commune de Landévennec, au clocher d’Argol ;
du clocher d’Argol au clocher de la chapelle de la Trinité, en la commune d’Argol ;
du clocher de la chapelle de la Trinité à la maison nord du village de Kerfénan, en la commune de Trégarvan ;
de la maison nord du village de Kerfénan, à la maison ouest du village du Cosquer ;
de la maison ouest du village du Cosquer au clocher de Dinéault ;
du clocher de Dinéault à la maison est du village de Lanneurec, en la commune de Dinéault ;
de la maison est du village de Lanneurec au clocher de Rosnoën ;
du clocher de Rosnoën à la maison sud du village de Bolast, en la même commune ;
de la maison sud du village de Bolast au clocher de Landévennec ;
2° par le rivage maritime de la rade de Brest, depuis Landévennec jusqu’au moulin du Loch, point de départ.

 

• 1877. Rejet de la concession de mines de fer dans le Finistère

Rapport du Conseil général du Finistère sur les minerais de fer.

Gallica.bnf.fr / BnF, Rapport et délibérations / Conseil général du Finistère, décembre 1877.

Quant aux recherches de minerais de fer qui ont été faites sur le littoral de la rade de Brest et dans les communes de Landévennec, Rosnoën, Argol, etc., elles ont donné lieu à des demandes de concessions, mais il est probable, comme le fait observer M. l’ingénieur en chef des Mines dans son rapport au Conseil général, que ces demandes seront rejetées, les demandeurs n’ayant pas prouvé l’existence du minerai en profondeur.

 

• 1877. Monographie sur ses recherches géologiques et agronomiques

En 1877, M. Demolon publie une monographie sur ses recherches géologiques et agronomiques. Il parle aussi de ses déboires juridiques et financiers et de ses relations avec le pouvoir en place ainsi que de son entretien avec Napoléon III.
Son intérêt pour les engrais le font beaucoup voyager dans toute la France et aussi dans le Finistère à Leuhan chez son frère, à Concarneau, Saint-Pol-de-Léon, Plougoulm, Sibiril, Cléder...

 

Gallica.bnf.fr / BnF, L’agriculture et le phosphate de chaux, notice sur les travaux et les recherches de M. Ch. Demolon avec pièces justificatives, 1877.

TABLE DES MATIÈRES
L’agriculture et le phosphate de chaux. Nécessité de rendre au sol ce que les récoltes lui enlèvent
Exploitation industrielle des Gisements de phosphate de chaux fossile
Lettre de M. Tourret, ministre de l’Agriculture, à M. Demolon (25 octobre 1848). - Avis sur les fraudes commises dans le commerce des engrais industriels
Fraude dans les engrais industriels. - Note adressée, en 1852, à M. le ministre de l’Agriculture et à un grand nombre de Comices agricoles
Engrais de poisson. - Comptes-rendus des séances de la Société centrale d’agriculture de France
Découverte en France de gisements de phosphate de chaux fossile. - Mémoire lu à l’Académie des sciences, le 29 décembre 1856
État de situation au 25 janvier 1858, de l’exploitation du phosphate de chaux fossile
Lettre de M. Élie de Beaumont à M. de Kermarec, avocat à Paris, 16 mai 1860
Extrait d’un rapport de M. Bobierre, aujourd’hui directeur de la Faculté des Sciences de Nantes, à l’occasion du concours régional de Nantes
Annulation des brevets, pris par M. Demolon, pour l’application à l’agriculture, des phosphates de chaux fossiles à l’état de poudre naturelle. - Jugement du tribunal civil de la Seine et arrêt de la Cour d’appel. - Note de M. Marie, avocat à la Cour d’appel de Paris. - Compte-rendu de l’Académie des sciences du 9 février 1857. - Rapport sur la communication d’un essayeur des engrais du commerce relative à l’insolubilité des phosphates fossiles à l’état de poudre naturelle
Rapport de M. Pommier, membre de la Société centrale de l’agriculture de France, sur l’importance et la valeur de la découverte des gisements de phosphate de chaux fossile
Lettres de MM. Élie de Beaumont, Dumas, de Raynal, Darblay, Michel Chevalier et Pommier à l’Empereur, (20 juillet 1861)
Enquête officielle sur les engrais industriels (tome II, page 39.) - Extrait du rapport de M. Dumas
Enquête officielle sur les engrais industriels (tome I, page 124.) - Séance du 26 novembre 1864. - Extrait de la déposition de M. Demolon, sur les moyens de répression de la fraude dans les engrais
Lettre de M. Behic, ministre de l’Agriculture, à M. Demolon, 13 mars 1866
Exposition universelle 1867. Grand prix décerné à M. Demolon
Industrie des phosphates de chaux en Angleterre. - Lettre de M. Sylvestre Walsh à M. Demolon
Exposition universelle de 1867. - Sciences appliquées. - Collection des substances minérales utilisées par l’agriculture
Emploi du phosphate de chaux fossile. - Lettre de M. le préfet du Finistère à M. le ministre de l’Agriculture. - Rapport de membres du Conseil général, de propriétaires agriculteurs, de maires et de juges de paix du département du Finistère, sur les résultats de l’emploi du phosphate de chaux et sur les travaux agricoles de M. Demolon
Rapport de M. le directeur de l’Agriculture, sur les découvertes et les travaux agricoles de M. Demolon (8 juin 1868)
Demande d’une récompense nationale, adressée au gouvernement impérial le 1er mai 1869, en faveur de M. Demolon
Institut de France - Académie des sciences. - Rapport sur le concours du prix Morogues, par M. H. Mangon
Note sur l’importance des travaux et découvertes de M. Demolon, et sur leur influence au point de vue agricole et commercial par M. Tisserand, directeur de l’Enseignement supérieur de l’agriculture
Assemblée générale de la Société des agriculteurs de France, séance du 21 février 1877. - Vœu émis par acclamation qu’une récompense nationale soit accordée à M. Demolon

 

• 1881. Médaille d’or pour ses travaux sur le phosphate de chaux

Société nationale d’agriculture, 1881.
Lors de la séance publique annuelle du dimanche 7 août 1881, M. Demolon reçoit une médaille d’or pour ses travaux sur les gisements de phosphate de chaux.

Au nom de la Section de grande culture, il est accordé, sur le rapport de M. Tisserand, une grande médaille d’or à M. Demolon, agronome, propriétaire à Paris, pour ses travaux sur les gisements de phosphate de chaux.

Gallica.bnf.fr / BnF, Bulletin des séances de la Société nationale d’agriculture de France, 7 août 1881.

 

• 1886. Décès chez sa fille à Poitiers (86)

Décès de René Charles Marie Demolon le 25 novembre 1886 à Poitiers (86), 12 rue Victor Hugo.

Archives départementales de la Vienne, 9 E 229/408, État civil.

L’an 1886, le 26 novembre, à deux heures trois quarts du soir, [...]ont comparu MM. Félix Demolon, âgé de 41 ans, major au Vingtième d’artillerie, gendre et neveu du défunt ci-après nommé, et Achille Sée, âgé de 44 ans, commandant au Vingtième d’artillerie, demeurant tous les deux en cette ville, lesquels nous ont déclaré que M. René Charles Marie Demolon, âgé de 77 ans, propriétaire, né à Rennes, Ille-et-Vilaine, veuf de dame Françoise Le Cam, fils de feu M. René Demolon et de feue dame Bonne Caroline de Grand-Rivière, est décédé hier, à quatre heures du soir, rue Victor Hugo n° 12. [...]

 
 

Quelques biographies consacrées aux frères Demolon

 

• 1851. Brevet d’invention

Félix Marie Demolon, frère de René Charles, dépose un brevet d’Invention pour la fabrication de guano à base de poissons.

Institut national de la propriété industrielle, 1BB11069, 13 janvier 1851.

Il est délivré au sieur Demolon (Félix Marie) à Paris, rue Saint-Dominique Saint-Germain n° 18. [...] un brevet d’Invention de quinze années, qui ont commencé à courir le 13 janvier 1851, pour un engrais dit guano de poisson.
[...]
Description :
[...] Si, donc, on peut se procurer de grandes quantités de poissons, il suffit pour en obtenir du guano, de les désagréger, les dessécher et les réduire en poudre. Il est évident qu’ainsi on obtiendra un produit semblable au guano du Pérou, à la seule différence près qu’il sera plus riche et plus pur.[...]

 

• 1868. Ernest Marie Demolon

Le ministère de l’Agriculture et du Commerce attribue régulièrement des prix aux fermes écoles et aux agriculteurs innovants.
Ernest Demolon obtient un prix pour l’utilisation de phosphate fossile en amendement dans les terre pauvres.

Gallica.bnf.fr / BnF, Les Primes d’honneur, les médailles de spécialités et les prix d’honneur des fermes écoles décernés dans les concours régionaux en 1868.

M. Ernest Demolon, propriétaire à Menez Ru, commune de Leuhan.
Emploi et vulgarisation du phosphate fossile dans les défrichements de terre tourbeuse et de bruyères.
M. Ernest Demolon a acheté, en décembre 1856, sur la partie déclive sud-est des montagnes Noires et dans la section la plus aride de la commune de Leuhan, 50 hectares, pour le prix de 2 500 F. La partie basse était composée de marais tourbeux. La partie supérieure occupe un mamelon dont les terres les plus saines reposent sur une couche d’argile micacée recouvrant des schistes en décomposition.
Cette terre inculte, véritable désert, puisqu’on n’y voyait pas même une cabane pour s’abriter, changea promptement d’aspect. M. Demolon attaqua d’abord le mamelon, y traça des chemins et fit des rigoles de dessèchement, puis il commença ses constructions. Le marais, traversé par la petite rivière d’Aven, fut labouré avec une forte charrue, attelée de huit bœufs, jusqu’à 40 centimètres de profondeur. C’est sur ce labour de défoncement qu’il sema au printemps suivant sa première récolte d’avoine et une prairie composée de houlque laineuse (Holcus lanata) et de fléole des prés (Phleum pratense). La partie la plus saine de l’élévation fut défrichée à l’aide d’un labour ayant 3o centimètres de profondeur et plantée au mois de juin 1867 en choux et en rutabagas. Toutes ces cultures reçurent pour tout engrais 700 à 800 kilogrammes de phosphate de chaux fossile par hectare.
Aujourd’hui, la propriété de Menez Ru est devenue une oasis. On y voit des bâtiments bien groupés et convenablement disposés, et abrités par des plantations ; les récoltes sont belles et propres ; le bétail y est en bon état.
Mais, pour faire naître de bonnes récoltes sur un terrain.aussi ingrat avec des ressources limitées, il fallait plus que l’infatigable énergie dont M. Demolon a donné tant de preuves ; il fallait utiliser dès le début un élément spécial de fertilisation. Cet élément a été le phosphate de chaux.
Les résultats obtenus étant aussi importants qu’ils sont incontestables, surtout sur les terres tourbeuses, le Jury a décerné à M. Demolon une médaille d’or grand module et un objet d’art offert par le Conseil général, pour l’emploi et la vulgarisation du phosphate de chaux fossile comme agent de mise en production de défrichements de terres tourbeuses et de landes.

 

• 1906. L’agriculture au début du XXe siècle

Louis Grandeau, rapporteur général de l’agriculture à l’exposition universelle de 1900, consacre, dans une monographie de près de 700 pages, un article à René Charles Demolon.

Gallica.bnf.fr / BnF, Louis Grandeau, L’agriculture et les institutions agricoles du monde au commencement du XXe siècle, 1906.

Ce n’est guère qu’au commencement de la seconde moitié du XIXe siècle que les phosphates naturels moulus ont commencé à être employés dans la fumure des terres. Buckland, en Angleterre, et Élie de Beaumont, en France (1856), ont, les premiers, attiré l’attention sur les gisements de phosphate de chaux. Depuis cette époque, Demolon et Desailly, en France, ont imprimé à l’industrie de l’extraction des phosphates bruts une impulsion qui a provoqué des recherches dans différents pays d’Europe et en Amérique et amené la découverte de gisements pour ainsi dire inépuisable.

 

• 1962 et 1970. Les frères Demolon, agronomes finistériens

Article de Georges Michel Thomas, président de la Société d’Études de Brest et du Léon de 1980 à 1991 paru en 1962 dans Les Cahiers de l’Iroise.

Georges Michel Thomas, Les Cahiers de l’Iroise, 1962, n° 3, p. 173.
Cahier de l’Iroise, 1962, n° 3.

Les deux frères Demolon, René Charles et Ernest, ont laissé un nom dans l’agriculture finistérienne. René Charles Demolon, né en 1810, habitait Camfrout en Guipavas - aujourd’hui Le Relecq-Kerhuon. Il avait épousé Jeanne Marie Cam qui lui donna un fils, Charles, né le 28 janvier 1846 à Guipavas et marié, le 5 février 1908 à Bayonne, à Marie Joséphine Lassus1.
Quant à Ernest, né en 1817, il alla résider à Leuhan où il se lança dans le défrichage, en particulier dans la lande du Menez Ru2. En 1858, il obtient une médaille d’argent de 2e classe au Congrès de Quimper de l’Association bretonne pour la catégorie grande culture. Il remportait un 3e prix au concours de fortes charrues.
En octobre 1859, le maire de Coray et ses collègues des communes voisines déposent sur le bureau du Congrès de l’Association bretonne, à Quimper, un mémoire sur les travaux opérés par M. Demolon3.
En 1860, il est dit propriétaire à Leuhan et figure sur la liste des jurés pour les assises à Quimper.
Mais l’agronome de la famille est René Charles ; il devient membre de l’Académie nationale agricole, manufacturière et commerciale, et membre du Conseil supérieur de l’Agriculture.
M. de Pompéry, de Rosnoën, avec qui il devait rompre des lances dans le journal L’Océan (1860), disait de lui : « M. Demolon, déjà inventeur d’un engrais ayant pour base les détritus de poissons provenant de différentes pêches, notamment de celles de Terre-Neuve »4.
M. Demolon avait communiqué un mémoire à l’Académie des sciences, le 29 décembre 1856, sur la découverte de gisements de nodules de phosphates de chaux et leur utilisation dans l’agriculture. Trois ans plus tard, il faisait paraître une série d’articles dans Le Moniteur Universel (21, 22, 27 novembre et 30 décembre 1859), qu’il réunit en brochure qu’il intitula « Fertilisation du sol par le phosphate de chaux fossile » (en vente chez l’auteur, 39, rue d’Amsterdam, Paris).
Car Demolon partageait alors son temps entre Paris et Camfrout.
Il y revenait aux beaux jours et participait aux régates de Brest avec son lougre « Le Goéland ». En 1847, il remporta le 3e prix pour les moins de 7 mètres.
Il décédait en 1887. La politique l’avait intéressé un moment : en 1848, il voulut mettre sur pied une liste rurale pour participer aux élections législatives, mais il se contenta de l’intention.
On doit donc le considérer comme le précurseur de l’emploi des phosphates.
G. M. Thomas.
1. État civil de Guipavas.
2. Journal L’Océan, 1858.
3. Bulletin archéologique de l’Association bretonne, 1860, p. 148.
4. Journal L’Océan, 1er février 1860.

Article de Georges Michel Thomas, président de la Société d’Études de Brest et du Léon de 1980 à 1991 paru en 1970 dans Les Cahiers de l’Iroise.

Georges Michel Thomas, Les Cahiers de l’Iroise, 1970.

Dans le n° 3 de 1962, nous avons déjà donné quelques notes sur la famille Demolon et son œuvre.
Ajoutons aujourd’hui que René Charles Demolon créa en 1852, à la pointe Moros en Lanriec, une usine pour le traitement des déchets de poissons. Il s’agissait de deux bâtiments en planches, couverts d’ardoises, mais ayant cependant 50 mètres de long.
Dans le pays, l’engrais produit prit le nom de Guano de Concarneau.
(Renseignements puisés dans L’Impartial du Finistère du samedi 5 août 1854)
L’Océan du 17 janvier 1887 annonce, à l’âge de 78 ans, la mort de M. Demolon, « agronome distingué » qui a vécu la fin de sa vie près son frère agriculteur à Leuhan. Il était membre du Conseil supérieur de l’Agriculture.
G. M. Thomas.

 

• 1999. Travaux du Comité français d’histoire de la géologie

Jean Boulaine, pédologue et historien de l’agronomie, publie un article consacré à Charles Demolon.
En voici quelques extraits.

Travaux du Comité français d’histoire de la géologie, Troisième série - T.XIII (1999), Jean Boulaine, Charles Demolon (1809-1886) : prospecteur et industriel mêlé à la polémique des phosphates au milieu du 19e siècle.

I - Le contexte familial
II - La carrière industrielle de Charles Demolon - 1830-1856
[...] Dans les années 1830, il prospecte les gisements de matériaux calcaires susceptibles de servir d’amendement pour l’agriculture. [...]
Vers 1840, Charles Demolon crée une usine de récupération, séchage et broyage de résidus [de poisson] pour en faire de l’engrais, connu sous le nom de « farine de poisson ». [...]
III - L’obstination contre l’infortune
[...] La Commission des engrais
Le gouvernement du Second Empire a réuni, fin 1864, une commission dont les travaux ont été publiés [...]
Cette commission est présidée en principe par le ministre de l’Agriculture et du Commerce et en fait par Jean Baptiste Dumas, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences et par Élie de Beaumont, directeur du Service géologique.
Elle s’est réunie quatorze fois, du 24 novembre au 27 décembre 1864. Elle comprenait seize membres ; des fonctionnaires comme de Mony de Mornay, directeur de l’Agriculture, des savants ; Boussingault, Bella, Tisserand, des juristes et des personnalités. La commission a auditionné 43 personnes, toutes en activité ; agriculteurs, agronomes et universitaires (Malagutti), des industriels (Kuhlmann), des commerçants et des fonctionnaires des départements. [...]
Charles Demolon a fait trois dépositions devant la Commission des engrais (il est le seul à avoir été auditionné plusieurs fois).
[...] Son frère, Ernest Demolon a été entendu lui aussi.
[...] Dans la séance du 8 décembre 1864, il (Charles) a demandé l’autorisation de faire un exposé général sur l’agriculture française en cette fin du Second Empire.
IV - Le temps de la renommée
[...] Déjà, à la fin du Second Empire, des médailles et des prix dans les expositions agricoles avaient couronné les travaux de Charles Demolon. Après la guerre, de 1877 à 1881, il va recevoir des témoignages flatteurs de la part des milieux scientifiques et agronomiques.
L’Académie des sciences lui attribue le 28 décembre 1874, le prix Morogues. [...]
Le 22 février 1877, à l’unanimité, l’assemblée générale de la Société des agriculteurs de France (« rue d’Athènes ») émet le vœu que le gouvernement attribue à M. Demolon une récompense nationale.
[...] Les comptes rendus de la Société d’agriculture de France, pour la séance solennelle et publique du 7 août 1881, mentionnent que la première récompense (la plus honorable) ; « est accordée, sur proposition de M. Tisserand, une grande médaille d’or à M. Charles Demolon agronome, propriétaire à Paris, pour ses travaux sur les gisements de phosphates de chaux ». [...]
V - Le problème des engrais phosphatés
Pourquoi Charles Demolon s’est-il obstiné à promouvoir l’usage des phosphates minéraux en poudre ?
De 1845 environ à sa mort en 1886 il a consacré son activité à la recherche, à l’exploitation et à la vulgarisation des phosphates. [...]
On sait maintenant, et on a commencé à le savoir dans les années 1865, que cela est vrai uniquement pour les sols acides dont le pH est inférieur à 5,5. Les sols de défriches d’une grande partie du Massif armoricain et de certaines parties du Massif central ou des Ardennes sont de ce type. [...]
L’agriculture française a su se dégager au XIXe siècle, des erreurs, des illusions et des mythes qu’elle avait hérités du passé, ou que les balbutiements de la science lui proposait.
Le dynamisme, le courage, l’esprit d’initiative de Charles Demolon en font un des grands artisans de cette grande épopée. [...]

 

• 2015. Le guano artificiel

Dans les Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, publiées en 2015, Philippe Martin consacre un article sur la production de guano artificiel.
Voici quelques extraits où l’on parle des frères Demolon.

Philippe Martin, La production de guano artificiel, une étape dans la professionnalisation des fabricants d’engrais : l’exemple d’Édouard Derrien à Nantes (1840-1860), 2015.

Une vague d’inventions de guanos artificiels
C’est ainsi, qu’en France, plusieurs demandes de brevets d’invention de quinze ans furent déposées par des médecins, chimistes ou des manufacturiers entre 1845 et 1855 pour des engrais artificiels, de type guano artificiel : en 1845, le « guano factice » de la Société Louis Cherrier & Cie à Paris ; en 1847, le « guano français » de Michel Édouard Esmein, médecin à Nantes ; en 1851, le « guano de poisson » de Félix Demolon, frère de Charles Demolon, l’agriculteur et industriel de Concarneau, inventeur de l’engrais zoofime ; en 1853, le « guano d’Europe » de De Villedeuil ; en 1855, le « guano indigène » de Rohart, chimiste et industriel à Aubervilliers ; en 1855, le « guano artificiel avec vidanges et matières fécales » d’Abendroth, docteur en philosophie et industriel de Dresde Jean Girardin, professeur de chimie agricole, dans son ouvrage Des fumiers et autres engrais animaux, dans l’édition de 1876, en énuméra une liste plus exhaustive : « guano artificiel, guano urineux, guano indigène, guano Derrien, guano de Nantes, guano humifère, guano d’Aubervilliers, guano Fichtner, guano Abendroth, guano des Docks, guano de la Motte, guano agénais, guano de poisson, guano anglais, guano-phosphate, guano Millaud, guano animalisé, etc. ». Tous ces acteurs industriels étaient informés de leurs produits respectifs par leurs participations aux expositions industrielles et agricoles et par des revues comme le Journal d’agriculture pratique et, après 1860, par l’Annuaire des engrais et des amendements de François Ferdinand Rohart.
[...]
La grande diversité de ces produits trouva son unité dans l’ambition de ces inventeurs de proposer un engrais complet, un substitut au guano du Pérou à un faible coût et composé de résidus industriels inutilisés et peu onéreux avec un fort taux d’azote : le sang des abattoirs pour la société Louis Cherrier & Cie ; les matières fécales pour Esmein ; la chair de poisson pour Demolon ; l’eau ammoniacale des usines à gaz pour De Villedeuil ; les résidus de fabriques de savon, de bougies et corps gras pour Rohart. C’est Abendroth, qui nous définit clairement l’enjeu industriel du « guano artificiel » en termes d’efficacité, de constance, de transportabilité, de manutention, de coût et d’industrialisation de sa production : « 1° Que cet engrais puisse être fourni en quantité suffisante ; 2° Qu’il soit facilement transportable et que le maniement en soit facile et commode ; 3° Qu’il contienne les substances principales d’engrais dans des proportions toujours égales et que, 4° La marchandise, présentant toutes ces conditions, puisse être établie à un prix modéré et en tout cas plus bas que le Guano du Pérou.
[...]
La société Louis Cherrier & Cie proposa un procédé pour dessécher le sang ; Demolon et Benjamin Leroux des procédés pour dessécher les chairs ; la société Louis Cherrier & Cie, Esmein, et Abendroth, des procédés de désinfection des matières fécales.
[...]
Charles Demolon déposa un brevet pour le « zoofime » en 1848. Son engrais était constitué de « soit [de] polypiers, maërl et madrépores, corps presque entièrement composés de carbonate de chaux […,] soit [de] phosphates de chaux si utiles aux plantes et [de] matières animalisées de toute sorte (chair musculaire, sang ou matières fécales préalablement désinfectées […]) ». Cf. Site web INPI : cote 1BB7210. De l’engrais « zoofime » fut fabriqué par La Jarthe de Saint-Amand et Cie à Chantenay en 1851 (Étrennes nantaises, 1851).

 

• 2018. Thèse de doctorat

Dans sa thèse intitulée Histoire de l’industrie des engrais dans l’estuaire de la Loire à l’époque contemporaine, Philippe Martin cite de nombreuses fois les travaux de M. Demolon.
En voici quelques extraits.

Philippe Martin, Histoire de l’industrie des engrais dans l’estuaire de la Loire à l’époque contemporaine, 2018.

La société Louis Cherrier & Cie propose un procédé pour dessécher le sang ; Demolon et Benjamin Leroux des procédés pour dessécher les chairs ; la société Louis Cherrier & Cie, Esmein, et Abendroth, des procédés de désinfection des matières fécales. Esmein propose l’usage de la suie et du « proto-sulfate de fer » pour désinfecter les matières fécales. Benjamin Leroux, qui utilise des déchets de cornes, de laine et des os, pour composer son « guano artificiel »
[...]
Bien que la présence de phosphates minéraux en France soit signalée dès 1818-1820, par le géologue Pierre Berthier (nodules de phosphate de chaux sur une plage du Pas-de-Calais, près de Wissant, et au cap de la Hève, près du Havre, son usage comme fertilisant n’est pas encore alors dans les conceptions des agronomes. Emblématique d’une rupture est l’attitude de l’industriel et agronome breton Charles Demolon, qui vend son usine de « guano de poisson » pour se consacrer à la prospection géologique des phosphates. Les recherches sur les phosphates minéraux s’intensifient à un moment où les quantités de « noirs résidus de raffinerie » disponibles semblent insuffisantes pour répondre à la demande des cultivateurs. En 1856, Demolon expose avec C. Georges Thurneyssen, à l’Académie des sciences, un mémoire relatant la présence de gisements de phosphates naturels dans 40 départements français, d’une étendue beaucoup plus importante que les découvertes précédentes. Charles Demolon exprime alors l’intérêt de la découverte de phosphates minéraux vis-à-vis des besoins des « noirs résidus de raffinerie » :
« Les quantités (de noirs résidus de raffinerie) qui sont fabriquées, jointes à celles qui sont apportées, non seulement de toute l’Europe, mais encore de l’Amérique, sont déjà complétement insuffisantes pour répondre aux besoins de cette seule contrée, et sont pour ainsi dire insignifiantes, si l’on considère les nécessités générales du sol, particulièrement pour la production des céréales. Il serait donc du plus haut intérêt que l’agriculture puisse trouver une source de phosphates de chaux assez abondante pour qu’elle n’ait pas à craindre de la tarir.
[...]
Dès 1856, Charles Demolon installe dans la Meuse et dans les Ardennes, les premiers ateliers de broyage de phosphates pour un usage du minéral sous forme pulvérulente. Desailly démarre l’exploitation d’un gisement de nodules de phosphate dans les Ardennes, en 1856. Ainsi, plusieurs sites de traitement des nodules de phosphates se constituent comme à la Villette (dans la périphérie de Paris), à Grand Pré (Ardennes), aux Islettes (Marne). En 1858, 45 chantiers d’extraction, occupant plus de 600 ouvriers, sont en activité, avec une extraction d’environ 200 tonnes de phosphate de chaux par jour.
[...]
Mais Charles Demolon rencontre aussi des partisans : le secrétaire de l’Académie des sciences, Léonce Élie de Beaumont, et Émile Baudement, membre de la Société centrale d’agriculture. À Nantes, Adolphe Bobierre réalise des expériences entre 1856 et 1857 et établit que « l’assimilation des nodules réduits en poudre fine [est] un fait incontestable », mais il doit faire face à la « défiance des agronomes » : « de bons esprits [supplient] en vain quelques interprètes de la science de ne pas affirmer à priori ou d’après des essais de laboratoire, mais d’attendre les résultats observés sur le terrain si mystérieux de la culture ».
[...]
La pénurie annoncée des gisements de guano du Pérou renforce la position du phosphate minéral, en tant que sauveur potentiel de l’agriculture. Finalement, le phosphate minéral est accepté par les autorités académiques, et même, selon Jean Boulaine, les têtes pensantes du Second Empire apportent leur soutien à l’usage exclusif du phosphate pulvérisé pour fertiliser les terres. Jean Baptiste Dumas et Jean Baptiste Boussingault défendent le point de vue de Charles Demolon, qui est protégé par Napoléon III et par Léonce Élie de Beaumont, son conseiller et directeur du service de la carte géologique.
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Dès 1866, Charles Demolon annonce la fin du guano : « Le guano est près de sa fin, car ses gisements seront bientôt épuisés. »
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Les fabricants du « guano de poisson » s’approprient – consciemment ou non – l’exemple du « guano de poisson » de Charles Demolon, agriculteur à Concarneau en 1851, mais aussi fabricant à Terre-Neuve sur les lieux de pêche.



Article mis en ligne le 10 juin 2021, dernière mise à jour le 22 février 2022.