Les écoles de hameaux du Finistère

École de PenzéCommunes de Guiclan, Taulé, puis Plouénan

Préambule

L’école de hameau de Penzé a ceci de particulier qu’elle est située à la jonction de trois communes : Guiclan, Taulé et Plouénan.
 
Ceci aurait pu être une cause de difficultés pour installer cette école, mais il semble que non : les archives consultées ne montrent pas d’opposition entre municipalités, mais des accords sur le partage des dépenses.

Plan de situation des 3 écoles de Penzé, © 2022, Bernard Kerneis.

La première école était sur une parcelle relevant de Guiclan : c’était une école de garçons.
Une seconde école a été aménagée côté Taulé sur les crédits du "Plan Grévy" et était donc l’une des 67 écoles ouvertes de 1882 à 1886. Cette école a été dédiée aux garçons tandis que les filles ont pu enfin être scolarisées... dans les locaux anciens côté Guiclan !
Les bâtiments de l’école actuelle datent de 1913 et comprennent une école de garçons et une école de filles. Ils sont administrativement sur la commune de Plouénan.

L’école du hameau de Penzé

➥ Une première localisation sur une parcelle relevant de Guiclan

École de garçons ouverte avant 1882, puis école de filles à partir de 1885, cette maison d’école a fonctionné jusqu’en 1913.
Lorsqu’elle est devenue école de filles, sa dénomination est passée d’ "école de Penzé" à "école du "Moudennou", ce qui nous informe sur sa localisation.

➥ Un état des lieux en juin 1884

C’est grâce à une enquête de juin 1884 lancée par le ministère de l’Instruction publique auprès des instituteurs que nous avons une vision de ce qu’elle était à cette date.
Les items du questionnaire portaient en effet sur le nombre d’instituteurs et d’élèves, le système de chauffage, les lieux d’aisances, les cours et préaux... Qui plus est, l’instituteur était prié de fournir un plan des locaux.

Archives Nationales, F/17/*/2851, École de Penzé, dessin réalisé par l’instituteur en 1884.

Louis Merrer, instituteur directeur de l’école nous apprend qu’ils sont deux maîtres pour s’occuper de 131 garçons (2 entre 5 et 6 ans, 118 entre 6 et 13 ans, 11 de plus de 13 ans) dans une pièce unique pouvant en accueillir 53 !
Il n’y a pas de système de chauffage, de lieux d’aisances, de point d’eau ni de bibliothèque scolaire. L’aération et l’éclairage de la classe sont déficients. Il manque 8 bancs et 8 tables et il n’y a pas, non plus, de préau ni de cour.

➥ Une deuxième localisation sur une parcelle relevant de Taulé

Le Relevé Général des Constructions Scolaires, établi pour la période de 1878 à 1885, indique le coût de l’école et les subventions accordées.

Décision du19/11/1883
Montant du projet15 333,33 F
Financement
par la commune (Caisse des écoles)0,00 F
par la commune (autres ressources)333,33 F
par le département0,00 F
subventions de l’État15 000,00 F
Coût réel15 333,33 F
Archives départementales du Finistère, 1 T 109, Relevé Général des Constructions Scolaires (1er juin 1878 - 20 juin 1885).

 

L’enquête de 1884 confirme qu’aucune école publique pour filles n’existe. La mise sur pied de la scolarisation des filles a subi quelques retards.
Voici un courrier du 24 octobre 1883 [1] adressé à l’inspection académique par Adolphe Desbordes, président de la délégation cantonale du canton de Taulé :

Je me permets de venir vous signaler mon étonnement du peu d’empressement que met l’Administration d’abord à établir définitivement une école de filles au hameau de Penzé, école décidée depuis près de trois années et dont l’installation a été si souvent commencée et puis ensuite ajournée ; cependant à maintes reprises M. le Préfet m’a assuré qu’une somme de 18 000 francs était affectée pour l’établissement de cette école..."

 
La réponse de l’inspecteur d’académie, Alexandre Dreux, est inscrite en marge de la lettre :

Transmis à M. le Préfet. Je réponds à M. Desbordes que si la création de l’école de filles de Penzé ne dépendait que de nous, elle fonctionnerait depuis un an.

 

Au final, une nouvelle école est installée sur une parcelle relevant de Taulé, dans une maison vendue par M. Jean-Marie Bellec, maître d’hôtel.
L’acte de vente donne une description précise du lieu :

Cette construction, ayant sa façade sur la route Nationale n° 169, est bornée au nord par la route conduisant à la minoterie de M. Desbordes et au sud par la caserne de gendarmerie de Taulé.

Archives départementales du Finistère, 2 O 1/1971, plan de l’école de 1885.

Des aménagements sont faits pour la transformer en maison d’école (architecte Théophile Nédelec de Morlaix).
Celle-ci ouvre en avril 1885 et accueille les garçons tandis que les filles vont à l’école du Moudennou.
 

➥ Une troisième localisation sur une parcelle relevant de Plouénan

Ce groupe scolaire intercommunal a ouvert en octobre 1913. Sa construction était urgente, notamment en raison de l’état de vétusté de l’école du Moudennou.
Une délibération du conseil municipal de Plouénan approuve le plan et le devis le 26 septembre 1909.
En 1910, l’inspecteur primaire remplit le questionnaire préalable à la construction :
– Il indique les effectifs : 156 garçons, 135 filles. Les deux écoles existantes devaient en effet être trop exigües...
– Il précise que le terrain choisi à Plouénan est celui qui est le mieux situé. Il est central, salubre, bien aéré et d’un accès facile. Il est juste en pente légère.
 
La parcelle appartient à Edmond Puyo, président de la chambre de commerce de Morlaix. L’architecte choisi est Alfred Serrurier et l’entrepreneur est Louis Mazé de Guimiliau.

Archives départementales du Finistère, 2 O 1/1971, plan de situation de l’école, 1913.

Comme pour la plupart des constructions scolaires, des besoins de travaux complémentaires sont rapidement signalés. Notons cependant qu’un problème de sécurité apparaît en janvier 1914.
Le maire écrit : « Les fondations du mur de soutènement étant construites dans la vase, des tassements se sont produits dans la cour de récréation des garçons, les murs se lézardent, le préau prend une inclinaison tout à fait inquiétante... »
Des travaux de réfection sont faits et la réception définitive des travaux a lieu le 25 février 1920.

➥ Les élèves

en 1886en mai 1888
Nombre de classes22
Nombre de places ?86
Nombre d’élèves216179

➥ Les premiers instituteurs

Dans le dénombrement de population de Taulé daté du 31 décembre 1876 [2], il n’y a aucun instituteur à Penzé ; dans celui du 31 janvier 1882 [1] M. Louis Merrer est mentionné.
 
En 1884, nous avons la nomination de M. Gourvennec. L’année suivante, une institutrice, Mlle Le Folcalvez est nommée.
 
• Louis Merrer est né le 13 octobre 1861 à Taulé.
• Henri Louis Gourvennec est né le 29 décembre 1864 à Trégourez. Il obtient son Certificat d’Aptitude Pédagogique le 15 novembre 1881. Il enseigne à Morlaix et le 7 février 1884, à 20 ans, il est nommé instituteur public à l’école de Penzé. Le 20 février 1899, il est nommé à Loc-Éguiner-Saint-Thégonnec.
• Marie Julienne Le Folcalvez est née le 7 juillet 1861 à Plomeur. Elle obtient son Certificat d’Aptitude Pédagogique en août 1878. Le 9 avril 1885, à 24 ans, elle est nommée institutrice publique à l’école de Penzé. Le 27 août 1887, elle est nommée à l’école de hameau de Créac’h-ru à Plonéour-Lanvern.

➥ Aujourd’hui

Les effectifs 2015/2016 de l’école primaire étaient de 58 élèves. À cela il convient d’ajouter 22 élèves en maternelle.
À la rentrée 2021/2022 l’école primaire n’accueille plus que 40 élèves [3].
 
Depuis juin 2022, l’école vit quelques turbulences : elle a été fermée par arrêté municipal pour des raisons de sécurité (mauvais état d’un mur et du sol). Les enfants sont répartis sur d’autres écoles.
Les parents ont lancé un recours auprès du Tribunal administratif afin d’obtenir la réouverture au plus vite.
Ils ont aussi créé une page Facebook Penzé au pied du mur.
 

École de Penzé, commune de Taulé. Cliché 2019 © Bernard Kerneis.

[1Archives départementales du Finistère, 1 T 45.

[2Archives départementales du Finistère, 6 M 835, 1861-1891.