Généalogie Kerneis

1914 : Journée d’écolier d’Alain Liziard

Je vais te raconter une journée d’école. J’avais neuf ans...

Texte écrit par Alain Liziard, fondateur de l’entreprise de travaux publics Liziard, et frère de ma grand-mère paternelle.
Publié avec l’aimable autorisation de sa filleule.

 
 
À ma filleule, ma chère Marie-Hélène,
 
Comme je t’avais promis dernièrement, je vais essayer de te raconter ma journée d’écolier en 1914.
En faisant le schéma de mon récit, je constate que cela me rappelle énormément de choses que j’aurais voulu te raconter ! Mais cela me mènerait trop loin, ça ferait presque un livre !
Il vaut mieux me résumer à te raconter ça simplement. Peut-être plus tard (si Dieu m’accorde vie), je pourrai te faire plus long.
 
Je vais donc te raconter une journée du mercredi 27 avril 1914.

Texte écrit par Alain Liziard.

J’avais neuf ans, dont trois d’école. J’étais dans la classe de milieu. L’école des garçons du Tréhou, construite vers 1880, n’avait que deux classes, la classe de milieu se faisait dans une chambre au-dessus des classes des filles. Pour la récréation nous n’avions pas le droit, bien sûr, à la cour des filles, c’était sur la petite place, devant le cimetière. Au mois de juin de cette année-là, le Grand Maître (qui faisait la grande classe) vint nous faire un examen et je passai en grande classe.
Ce matin-là, à 7 heures (heure du soleil, on ne changeait pas l’heure de ce temps-là. Le Progrès était encore hésitant), Maman glisse la porte de mon lit-clos (le plus près du foyer était le mien) : « Allez Alain, il est temps d’aller à l’école, ton boued-café est chaud à côté du feu » ! Car les hommes avaient pris leur petit-déjeuner depuis longtemps ! Ah, boued-café aujourd’hui ? Ça me réveillait tout de suite. Car je préférais ça à la souben-ar-rouz que nous avions souvent. Je me glissai sur le banc-coffre pour enfiler mes effets, à genoux sur le banc, pour réciter à haute voix, une prière, et mes pieds, avec chaussettes et chaussons (faits par Mamm), cherchaient mes sabots sous le banc.
Maman, qui vaquait au nettoyage de la maison, me posait mon Skudell sur la table et, souvent, m’ajoutait un peu de crème dans mon boued - Que c’était bon ! Je crois que je la remerciais d’un sourire. Alors, on ne disait jamais merci, on ne perdait pas de temps aux inutilités, à faire la bise par exemple. Je te dirai que la seule fois que j’ai fait la bise à ma mère, c’était en 1948, quand elle fut sur son lit de mort. Ça t’étonne Marie-Hélène ? Mais c’est trop long à expliquer, une autre fois peut-être...
Le boued descendait vite. L’écuelle vide, je la remplissais d’eau au seau, la posait sur la marche de l’escalier, pour faire lavabo. Fini, on jetait l’eau dehors, un coup de torchon et sac au dos (sac fait par Mamm, dans les vieux turbans de Tad) et je prenais la beurrée que Mamm m’avait préparée et en route.
En sortant de la maison, par la cour, entre les tas de fumier, j’arrivais au leurgueur, où, souvent arrivaient les copains des villages plus loin. S’ils n’étaient pas arrivés, je les voyais descendre le sentier au versant d’en face (au nann-ver), ou bien, s’ils étaient rendus dans la vallée, j’entendais le claquement de leurs sabots cloutés sur les dallots de la levée et du pont sur le ruisseau (la Mignonne, rivière prenant sa source dans les ménés de Saint-Éloy, sous les rochers de Roc’h-an-Dol et qui va à la rade de Brest par la rivière de Daoulas).
Et tous ensemble vers le bourg, par le vieux chemin, très mauvais. Il y avait beaucoup de mauvais chemins. Je pourrais dire : il n’y avait que des mauvais chemins sur la commune du Tréhou de ce temps-là, à part les chemins départementaux.
Après la Grande Guerre, les communes obtinrent des subventions de l’État et du Département et purent refaire les chemins. Actuellement, toutes les fermes du Tréhou sont reliées par un chemin goudronné. Ce qui n’empêche pas les gens de partir.
De ce temps-là (1914), entre le Stang et le bourg, il y avait beaucoup de maisons habitées : d’abord, à 150 m, c’était Ti-Roc’h, habitée par deux couturières, mère et fille, deux dégourdies, à langue pointue, surtout la mère. Son mari était domestique (mével-bras) dans une ferme. 50 mètres plus loin, à droite, Leuraméné-Vian, habité par une famille, le père commis au Stang chez nous, la mère cultivant sa fermette et allant en journées. Celle-ci s’appelait Maharid, je l’ai bien connue. Elle était pauvre, bien sûr, mais elle était heureuse. Elle n’avait jamais été à l’école, mais elle était savante. Elle n’avait pas de galons, mais elle savait mener sa troupe au combat, du travail, de la vie. Si j’ai le temps, j’écrirai son histoire. En 14, les grands enfants étaient au travail, la dernière à l’école avec nous. 100 mètres après, c’était la ferme de Leuraméné, tenue par une grande famille, les quatre aînés à l’école. 200m après, Tiez-Logan, deux penn-ti habités, le premier par une vieille femme veuve, 80 ans, qui travaillait en journée, ou filait la laine chez elle, le second par une famille de journaliers agricoles, ayant des grands enfants, qui avaient quitté pour travailler. Le père, Stéphann, en hiver, à la veillée, nous racontait de belles histoires (rimadellou). En hiver, il était bûcheron, et, en avril-mai, il partait parfois au loin, dans les forêts, écorcher les chênes quand la sève monte. L’écorce servait aux tanneries, nombreuses alors dans la région. Il faisait parfois jusqu’à 20 lieues, à pied, en sabots. Il nous racontait ce qu’il avait vu, c’était mes premières leçons d’histoire régionale. 200m après, Kerhuel, deux fermes, deux familles nombreuses, 6 enfants à l’école (les aînés). 300m plus bas, à gauche, en bas du Tarros, Kergonan, ferme tenue par les parents, 1 fille et 3 fils, tous travaillant. 200m avant le bourg, à côté du calvaire, dans les ronces on apercevait les murs d’une ancienne maison, Ti-Ru, qui fut habitée auparavant. Actuellement, toutes ces maisons sont abandonnées, excepté les deux de Kerhuel (5 personnes).
Nous ne pouvions aller bien vite. Le chemin étant étroit, les charrettes à roues ferrées passant toujours au même endroit, faisaient des ornières profondes, pleines d’eau après les pluies ; nous avions beau faire attention, nous prenions l’eau dans nos sabots. Tout l’hiver, temps de gel excepté, nous avions les pieds mouillés en arrivant au bourg. Mais nos pieds étaient tellement chauds en arrivant qu’ils séchaient chaussettes et chaussons. Ceux qui n’en portaient pas (nombreux) avaient de la paille dans leurs sabots, qui séchait pareil. Dans la petite et la grande classe, nous gardions nos sabots, mais au-dessus des filles, nous laissions nos sabots en bas. Là, nous avons eu froid aux pieds. Par les grandes pluies, le Poul-Leuraméné débordait et couvrait tout le chemin : nous grimpions le talus et passions par le champ. À côté du Piltos-bras, où le chemin est plat et humide, les eaux gelées soulevaient le chemin. De ce temps-là, il y avait beaucoup plus de pluie, et surtout de gel. L’hiver 16-17, les belles glissades sur 40 mètres que nous faisions tous les jours au Poul-Penker-Hoël, pendant 6 semaines de rang !
Mais ce 27 avril 14, le beau temps du printemps avait déjà réparé les outrages de l’hiver et nous arrivions assez vite au calvaire de Croas-Ti-Ru, que nous ne manquions jamais de saluer. Si tu veux voir ce calvaire, il faudra que tu ailles à Maissin (Belgique), au cimetière militaire, où il veille sur les restes des soldats bretons. Oui, en 1932, le Recteur du Tréhou, ancien aumônier du 19e R.I., avait offert ce calvaire aux anciens combattants des 19e et 219e d’Infanterie, ces Régiments Bretons qui avaient eu tellement de tués autour de Maissin ! J’aurais voulu revoir « Mon » calvaire, mais mes jambes se font vieilles.
Et nous montions vers le bourg par le Garront-Doun, chemin très encaissé, tout couvert de bois, un vrai tunnel. À sa sortie, nous découvrions le clocher et l’église. Et nous allions à la maison où nous prenions notre soupe à midi, trancher le pain dans notre écuelle, pour prévenir la patronne. Et vers la cour d’école. Les élèves arrivaient de tous les bords. Si le temps était mauvais, nous nous mettions au préau pour repasser nos leçons. Quel bourdonnement, car la plupart récitait à haute voix. Les maîtres faisaient les cent pas sur la cour pour se dégourdir les jambes. À 8 heures, coup de sifflet strident du grand maître. Vite en rang, 3 rangs, un par classe, le premier de la classe posait sa main droite contre le mur de la classe et les autres la main sur l’épaule du précédent ! An Aotrou (oui, c’était un Aotrou, né en ville) passait l’inspection, en sermonnant ceux qui n’étaient pas propres (il faut l’excuser car il ne comprenait pas notre Vie à la campagne). Un autre coup de sifflet, la grande et la petite rentraient aussitôt. Nous-autres, de la milieu, avions 200m à faire, en rang sur deux, suivis du maître. La petite était dirigée par une maîtresse, la femme du directeur. Je me rappelle très bien mes premiers jours d’école, en avril 1911. Elle me parlait en breton et, tout de suite, j’eus confiance en elle. Alors que j’avais tellement peur en allant à l’école : on m’avait dit que c’était dur d’apprendre le français, or je n’en savais pas un mot ! Mais comme elle sut me donner confiance, je n’eus pas de mal à apprendre. Cinq ans après, j’avais mon Certificat d’Études. Si j’avais su expliquer les choses aussi bien que cette dame, j’aurais moins de mal à t’écrire cette lettre. Tandis que son mari était un dur. Tous les élèves le craignaient, surtout moi. Je fus donc dans sa classe en juin 14. Pendant les vacances, la guerre commença, et Monsieur fut mobilisé (il était sergent-major). Et, à la rentrée des classes, qui fut content de retrouver sa bonne dame ?! Je fus sauvé par la guerre ! Pardonne, Marie-Hélène, à l’enfant timide que j’étais.
Nous voilà en classe ! La journée commençait par une chanson. Puis, assis sur les bancs de bois attachés aux tables-pupitres, un pupitre par élève, un trou pour l’encrier et une grosse rainure pour poser crayons et règles. Chaque table, très solide, comportait 7 pupitres. Le maître avait un bureau haut perché, duquel il surveillait facilement toute la classe. À côté, un grand tableau noir, aux murs des cartes et des tableaux. Derrière le tableau noir, au coin de la pièce, un drôle de machin qui m’intriguait au début : une bête ? Elle ne bougeait pas : une bête morte, donc. Mais enfin, un jour, Madame passa derrière le tableau, prit le manche et avec la tête de loup (oui, c’est comme ça qu’on l’appelle) enleva quelques fils d’araignées au plafond. J’étais soulagé. Et maintenant, je comprends qu’il faut bien expliquer les choses aux enfants pour qu’ils n’aient pas peur.
C’est Madame qui nous avait appris les chansons dans la petite. Je fus très étonné au début d’entendre tout le monde chanter. Chanter !! Alors qu’on m’avait dit que c’était dur, l’école ! Chez nous, au Stang, on ne chantait guère. Des fois, en hiver, autour du Podad-boued-ar-zaout, qu’on cuisait au ti-bian après le souper. C’est là que j’ai appris de Tad le « Crédo du Paysan », qu’il avait appris pendant son service militaire. C’est là aussi que j’ai écouté avidement les rimadellou de Stéphann. Il faudra que je te raconte ça plus tard, car me voilà encore loin de mon école.
Le mercredi 27 avril 1914, les filles (ta grand-mère en faisait partie) chantaient déjà en-dessous. Nous chantâmes « Fanfan la Tulipe » et notre maître, Monsieur Normand, nous fit asseoir. Il savait faire école. Il nous expliquait beaucoup de choses avant les devoirs. Mais d’abord, les leçons. Plusieurs parmi nous ne savaient pas grand-chose. Ce n’était pas souvent de leur faute car, le soir, à la maison, ils avaient du travail à faire à la ferme, et, la nuit venue, il n’y avait pas de lumière pour lire. M. Normand, paysan lui aussi, le savait bien et, au lieu de gronder, il aidait les garçons à apprendre. Puis, c’était l’arithmétique, les problèmes (maintenant vous appelez ça : Maths). Pour moi, c’était un jeu. Une sortie à 9 heures et demie, pour pisser contre le mur du cimetière, et c’était la dictée et les questions.
À 11 heures, à la soupe. Ceux qui habitaient au bourg et environs rentraient manger chez eux. Mais les ¾ des écoliers allaient manger dans les maisons de commerce, dans la maison où leurs parents étaient clients. Clients surtout pour le fournil où ils cuisaient leur pain. Car pour cette époque-là, toutes les fermes du Tréhou avaient abandonné leur four particulier. Moi, j’étais chez Anna. Sur la table, à gauche de l’entrée, notre soupe était trempée. Nous avions chacun notre écuelle propre, facile à reconnaître, et il n’y avait pas deux pareilles. La cuillère était mise dedans par la cuisinière. Et nous mangions notre soupe debout, soit dans le couloir, soit au-dehors sur la route quand le temps le permettait. Certains, figus peut-être, ne mangeaient pas beaucoup de leur soupe et la jetait dans le baille-ar-moc’h, qui était derrière la porte d’entrée. Ça servait pour les cochons. Moi je mangeais toujours soigneusement ma soupe, je n’étais pas figus. Et je découpais une tranche de pain dans ma miche, je la beurrais, et dehors pour la manger. C’était notre repas, tous les jours pareil. En mangeant notre beurrée sur le bourg (certains, au lieu de beurre, trop cher, avaient de la graisse de porc fondue, moins chère), nous retrouvions les copains. Ce jour-là, nous décidâmes d’aller chercher des nids au bois de Kergoat, en passant par Croas-ar-Guennou, où nous buvions de l’eau à la fontaine. Il fallait faire vite car le grand maître nous intimait l’ordre d’être à la cour d’école pour midi et demie, le temps de repasser nos leçons.
À 1 heure (on ne disait pas 13 heures), des exercices de grammaire, puis une rédaction française, le mercredi, sur des sujets divers. Après la sortie de 3 heures moins quart, c’était les leçons de morale et d’instruction civique. Un peu avant 4 heures, le maître donnait un aperçu des devoirs du lendemain, nous indiquait les leçons à apprendre, en nous donnant des explications pour nous aider à les comprendre. Je te l’ai déjà dit, nous avions un bon instituteur et c’était un plaisir d’apprendre avec lui.
À 4 heures, fin, après la chansonnette. En route vers Ti-Anna prendre une beurrée. Le mercredi, c’était jour du Ti-forn pour Mamm. Tôt l’après-midi, elle avait mis la pâte dans le sak-toas, qu’une charrette allait transporter au bourg. Elle se changeait car il fallait être proprette pour aller au Ti-forn. Ces dames avaient une tenue presque spéciale pour ce jour et, Mamm étant assez coquette, était obligée de soigner sa mise pour l’honneur de la famille, il fallait « tenir son rang » « le jour du Ti-forn ». Sur 4 pages, je l’ai raconté, en breton (ça a paru dans une revue). Si j’ai le temps, je te le traduirai en français. Mais ce que je veux te dire tout de suite, c’est qu’à la fin de classe du mercredi, je trouvais sur mon étagère, chez Anna, mon kouign encore chaud, que Mamm avait mis pour moi. Le couper en deux avec Mon couteau, du beurre au milieu qui fondait vite, quel délice !! (Kouign ? Demande à Mémé Brenn). J’ai dit « Mon couteau » . Oui, pour aller à l’école, on nous achetait un couteau neuf, jamais avant. Que nous étions fiers ! Un couteau en poche, c’était la preuve que nous étions déjà des petits hommes (oui, j’ai effacé « petits »).
Et nous descendions le Garront-Doun. Pour le retour, toujours deux équipes, les garçons, les filles : nous n’avions pas les mêmes goûts, les mêmes jeux, les mêmes conversations et, tout de même, un garçon est autre chose qu’une fille ! (Pardon M H).
En passant à Ty-Ru, nous allions nous désaltérer à la fontaine de Sainte-Piterre. Un salut à la Croix et nous marchions assez vite. Nos parents nous demandaient de ne pas traîner, car il y avait toujours du travail à la ferme. Bien sûr, nous flânions un peu des fois, il y avait des nids à chercher ou à visiter, nous cueillions les primevères pour les manger, ça n’a pas beaucoup de goût, un petit goût de miel amer ; nous entrions dans les champs pour rechercher les trichin (oseille) tendres en avril (dont tu connais le goût j’espère). Nous recherchions aussi les kraou-douar (je ne connais pas leur nom en français), comme des noisettes, bien goûtées. Quand nous apercevions leurs feuilles fines, nous creusions le sol au couteau pour trouver le petit tubercule. En avril, il n’y avait pas beaucoup d’autres choses. Après les grandes vacances bien sûr, nous trouvions les fruits : mûres, prunelles, pommes sauvages, noisettes, fraises des bois (rares au Tréhou), puis les châtaignes, quel régal ! Et, au début de l’hiver, nous n’hésitions pas à entrer dans les champs pour voler carottes, navets etc.
Ce que nous aimions surtout, c’était, avant les grandes vacances, les petits pois que nous trouvions dans les avoines. Oui, il y avait toujours des petits pois dans les avoines en ce temps-là. Nous commencions dès que les gousses étaient formées, en mangeant celles-ci. Quelques jours plus tard, les grains s’arrondissaient vite et c’était mieux. Des fois, le fermier nous attendait au retour de l’école pour nous sermonner de sa grosse voix, pour les pieds d’avoine écrasés. Mais il n’avait pas l’air méchant, et les petits pois étaient si bons !
Pourquoi étions-nous si friands de ces verdures ? Parce que nous avions faim ? Pas tellement. Plutôt, comme nous mangions beaucoup de pain, ces verdures étaient un complément, comme vous dites maintenant, un supplément de vitamines. Et puis, c’était la mode. Quand nous débutions à l’école, les grands nous apprenaient (gratuitement) toutes ces choses, en nous indiquant les vertus de toutes ces plantes. Ils nous apprenaient encore beaucoup d’autres choses, qu’il me serait trop long à te raconter ici.
En arrivant à la maison, je trouvais dans la cendre du foyer, mon écuelle de boued-café, plus ou moins chaude. C’était très bon pour faire descendre les verdures. Et une beurrée. Et j’étais solide pour apprendre mes leçons. Il faut faire vite, car tout à l’heure, quand les hommes vont rentrer, il faudra que j’aille les aider, à neuf ans, on sait faire beaucoup de travaux. C’est Mamm, qui s’occupe des travaux du soir à la maison, qui me le rappelle, en m’indiquant les travaux qui m’attendent au-dehors.
Après une journée si bien remplie, bien sûr, il n’y avait pas besoin de me bercer pour m’endormir. Quand je grimpais dans mon lit-clos, je dormais vite et bien sur la couette de balle d’avoine.
Voilà, Marie-Hélène, ma journée du 27 avril 1914, presque 62 ans passés. Ça a été un plaisir pour moi de remémorer ces vieux souvenirs. C’est étonnant : depuis 8 ans que je fais de l’arthrose cervicale, je deviens oublieux, tous les matins, il faut que je note ce que j’ai à faire dans la journée. Et ces souvenirs, vieux de 62 ans, je les trouve facilement, notre cerveau est un grand réservoir où les souvenirs sont bien rangés.
 
Le 26 février 1976 - Ton grand-père et parrain - Alain

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Article mis en ligne le 20 juin 2016, dernière modification le 14 avril 2022.